Le GR20 relie Calenzana au nord à Conca au sud de la Corse, à travers un terrain de haute montagne découpé en seize étapes. La difficulté du GR20 ne se résume pas à un chiffre global : elle varie radicalement d’une journée à l’autre. Certaines étapes demandent surtout de l’endurance sur des sentiers roulants, d’autres exigent de poser les mains sur la roche et de garder la tête froide face au vide.
Passages techniques du GR20 nord : où se concentre la vraie difficulté
La partie nord, de Calenzana à Vizzavona, concentre les sections les plus engagées du parcours. Le terrain y est rocheux, souvent en dalles granitiques lisses, avec des passages où les mains servent autant que les pieds.
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Dès la première étape (Calenzana – Ortu di u Piobbu), le dénivelé positif est sévère et le sentier grimpe sans répit. Le corps encaisse le poids du sac alors qu’il n’est pas encore rodé. C’est une étape piège : beaucoup de randonneurs la sous-estiment parce que c’est « juste le début ».
Les étapes entre Carrozzu et Asco, puis entre Asco et le cirque de la solitude (ou sa variante), constituent le tronçon le plus technique de tout le GR20. On y trouve des dalles inclinées, des chaînes, des passages en dévers où un faux pas a des conséquences réelles. La fatigue accumulée depuis Calenzana complique les choses.
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L’étape qui rejoint Ciottulu di i Mori passe par des crêtes exposées au vent. Quand la météo se dégrade (brouillard, pluie), le balisage devient difficile à suivre sur la roche nue. La difficulté n’est alors plus seulement physique, elle est aussi mentale : il faut rester concentré pendant plusieurs heures d’affilée.

GR20 sud : moins technique, mais pas facile pour autant
À partir de Vizzavona, le terrain change. Les sentiers deviennent plus forestiers, les passages de mains disparaissent presque entièrement. Beaucoup de topos décrivent la partie sud comme « facile ». Ce raccourci est trompeur.
Le GR20 sud use le corps par la longueur et la chaleur, pas par la technicité. Les étapes entre Vizzavona et Bavella traversent des zones exposées au soleil, parfois sans ombre pendant des heures. Les articulations, surtout les genoux, encaissent des descentes longues et répétitives sur un sol caillouteux.
L’étape de Bavella représente un sursaut technique dans la partie sud. Les aiguilles de Bavella imposent des passages rocheux et un peu d’escalade facile. Après plusieurs jours de sentiers forestiers, ce retour à la roche surprend les jambes et la concentration.
Pourquoi la fatigue accumulée change tout
Une étape cotée « moyenne » au jour huit n’a rien à voir avec la même étape si vous la faisiez au jour un. Le sac pèse sur des épaules fatiguées. Les pieds sont souvent amochés. Le sommeil en refuge est rarement réparateur. Cette usure progressive est la difficulté la plus sous-estimée du GR20 sud.
Réservation des refuges et difficulté logistique du GR20
La difficulté du GR20 n’est pas uniquement sportive. Depuis quelques années, les refuges les plus demandés affichent complet plusieurs mois avant l’été. Les sections autour de Manganu, Ciottulu di i Mori et Vizzavona sont particulièrement concernées.
Selon la FFRandonnée, le GR20 est désormais classé comme itinéraire surfréquenté, avec des impacts sur l’érosion des sentiers et la sécurité dans les passages exposés. Des pistes de contingentement (quotas de randonneurs par étape ou par nuitée) sont en discussion.
En pratique, cela signifie que modifier son itinéraire en cours de route devient compliqué. Si vous prévoyez de fusionner deux étapes pour avancer plus vite, vérifiez d’abord que le refuge suivant a de la place. Improviser sur le GR20 est de moins en moins possible en haute saison.
- Réservez les refuges dès l’ouverture des inscriptions, surtout pour les étapes centrales (Manganu, Ciottulu, Vizzavona).
- Prévoyez un plan B pour chaque nuit : certains randonneurs se rabattent sur des bergeries ou des emplacements de bivouac autorisés à proximité.
- Gardez de la marge dans votre planning : une journée tampon permet d’absorber un jour de mauvais temps ou une blessure sans perdre vos réservations suivantes.

Adapter la difficulté du GR20 à votre niveau : choix concrets
Vous n’avez pas besoin de faire le GR20 en seize étapes classiques. Plusieurs leviers permettent d’ajuster la difficulté réelle du trek à votre condition physique.
Couper les étapes longues
Les étapes les plus dures du nord (Asco – Ciottulu, Calenzana – Ortu) peuvent être scindées en deux demi-journées si vous acceptez de bivouaquer à un point intermédiaire. Cela réduit la charge quotidienne et laisse le temps de franchir les passages techniques à un rythme confortable.
Commencer par le sud
Partir de Conca vers le nord permet d’attaquer les étapes techniques avec plusieurs jours de marche dans les jambes, sur un terrain plus progressif. Vos pieds et vos épaules se sont adaptés au sac avant d’affronter les dalles granitiques du nord.
- Alléger le sac sous la barre de confort personnelle : chaque kilo en moins se ressent dans les passages techniques et dans la récupération nocturne.
- Prévoir une préparation physique ciblée sur les descentes (quadriceps, genoux) plusieurs semaines avant le départ.
- Emporter des bâtons de marche : sur le GR20 sud surtout, ils soulagent considérablement les articulations sur les longues descentes.
Le GR20 ne pardonne pas l’improvisation sur la préparation physique. Les randonneurs qui abandonnent le font rarement à cause d’un passage technique précis, mais parce que l’accumulation de fatigue, de douleurs articulaires et de nuits courtes finit par rendre chaque étape pénible, même les plus « faciles » sur le papier.
La meilleure façon d’aborder ce trek reste de considérer chaque étape non pas comme un défi isolé, mais comme une fraction d’un effort continu sur une à deux semaines. C’est cette endurance globale, bien plus que la difficulté technique de tel ou tel passage, qui détermine si vous irez jusqu’à Conca.

