On ne traverse pas l’Inde en train comme on coche une case sur une liste de choses à faire. Ici, chaque trajet est un chapitre, chaque compartiment un microcosme, et chaque billet, une aventure en puissance. Voyager en train à travers ce pays, c’est accepter l’imprévu, la promiscuité, les discussions inopinées et l’incroyable vitalité du rail indien.
Pour partir sur de bonnes bases, mieux vaut se pencher sur la question de la réservation, du choix de la classe, du fameux quota pour touristes étrangers, du système Tatkal, de la gestion des listes d’attente, sans oublier la sécurité à bord. Un conseil : renseignez-vous sérieusement sur les options, car prendre le train en Inde, ce n’est pas monter dans un TER régional.
Réserver son billet de train en Inde
Pour éviter les galères, la plateforme 12go.asia facilite la vie : elle permet de réserver un billet authentique sur le réseau indien et vous l’envoie par mail pour un surcoût modique (une cinquantaine de centimes, informations disponibles directement sur leur site). L’achat sur le site officiel d’Indian Railways, en revanche, impose de posséder une carte bancaire locale et un compte dédié. Pour un étranger, réserver à l’avance via un site tiers reste la solution la plus fiable. Les prix annoncés correspondent à ceux d’Indian Railways, avec, en supplément, les frais du prestataire.
Certains voyageurs patientent jusqu’à leur arrivée et préfèrent traiter avec une agence sur place. La logistique reste sensiblement la même, sauf qu’il suffit de passer par une petite agence en ville : pour environ cent roupies (2 dollars), le vendeur s’occupe de la réservation et remet le billet une fois l’opération validée. Prendre les devants est généralement plus sage, surtout en période de haute affluence comme décembre-janvier ou sur les liaisons très demandées (Udaipur/Mumbai ou Mumbai/Goa, pour ne citer qu’elles), où les places s’envolent vite.
Si vous attendez d’être sur place, n’arrivez pas les mains vides : passeport, parfois une copie du document, quelques photos d’identité et les papiers de rigueur sont souvent demandés. Acheter directement au guichet reste possible si la gare est à proximité, mais l’option agence s’avère souvent moins chaotique. J’ai failli me faire piéger au départ de Delhi : maintenant, je ne quitte une agence qu’avec un ticket officiel sous les yeux.
Un coup d’œil sur le site des chemins de fer indiens permet de s’informer sur les tarifs et les horaires, histoire de ne pas débarquer naïvement. Pensez à compléter correctement le formulaire avant de commencer à faire la queue : les files d’attente non réservées aux touristes sont parfois musclées, et certains n’hésitent pas à resquiller. Il ne sert à rien de perdre son sang-froid : affirmez tranquillement votre place, et si besoin, n’ayez pas peur de faire entendre votre voix.
Disposer d’une connexion sur place facilite grandement l’organisation et la sécurité. Avoir une carte SIM indienne dans un téléphone débloqué change la donne. Si les formalités vous découragent, il existe aussi des téléphones tout compris, livrés à l’hôtel, prêts à l’emploi, incluant l’accès internet et les applications utiles. La formule coûte plus cher que la simple SIM, mais le temps gagné compense les démarches parfois laborieuses. Voyager sans accès à internet en Inde, c’est se compliquer inutilement la vie.
Oui, j’étais trempé de sueur sous 40°C, mais la nuit, avoir une couverture en 2A/C, c’est un luxe que je n’aurais pas troqué pour un ventilateur.
Choisir la bonne classe de train en Inde
La réservation s’effectue selon le niveau de confort choisi : le nombre de couchettes par compartiment influe sur le prix. En toute logique, la classe 2A coûte plus cher que la 3A, mais promet un peu plus d’intimité.
La première classe stimule l’imagination, mais pour ma part, l’occasion ne s’est jamais présentée, surtout à cause du prix.
Pour donner une idée concrète : le trajet Bombay-Udaipur, 17 heures en 3A (climatisation trois niveaux), coûte dans les 1755 roupies. L’air conditionné fonctionne parfois trop fort, mais on dispose de couvertures, et la nourriture servie à la place rend le trajet plus agréable. La couchette supérieure a ses avantages : au réveil, vous pouvez prolonger le sommeil alors que les autres s’installent pour le petit-déjeuner (samosas, chai, tout y passe). Dès l’aube, les vendeurs de thé ne ménagent ni leurs cris ni leurs efforts. « Chaiiiiiiiiiiiiii ! » raisonne dans tout le wagon, on n’y coupe pas, même si l’on tente d’ignorer la scène. Beaucoup évitent ce qui n’est pas emballé, mais à trop se protéger, on rate une part de l’expérience.
Après avoir goûté aux classes supérieures, j’ai adopté la classe couchette, économique et efficace. Dans la région de Delhi, d’Allahabad ou de Varanasi, les trains débordent vite : la couchette garde l’avantage du banc attribué, parfois partagé, sans drap ni coussin, portes toujours ouvertes et un courant d’air bien frais dès la nuit tombée.
En deuxième classe, le décor change complètement : sièges libres d’accès, ambiance sans filtre. Certains s’allongent dans l’allée, d’autres restent debout : c’est un petit monde organisé dans le chaos, animé, parfois rude, parfois déroutant. L’épreuve mérite d’être vécue au moins une fois, même si elle ne convient pas à tous les parcours.
L’étranger attire naturellement l’attention : discuter avec ses voisins devient inévitable. Attendez-vous à une succession de questions sur votre pays, votre métier, votre famille, votre situation matrimoniale, et même la profession de votre père. Il arrive qu’on soit discrètement photographié ou filmé, malgré une feinte de sommeil. L’agacement existe, mais avec du recul, tout cela fait partie du voyage.
Quota de billets pour touristes étrangers
L’Inde réserve une partie de ses billets uniquement aux voyageurs munis d’un passeport étranger. Pour y accéder, il suffit de se rendre au guichet spécial « touristes étrangers » dans certaines grandes gares. Il vaut mieux y passer la veille du départ, voire le matin même, car ces billets d’urgence s’avèrent précieux en cas de trains complets. Ce service n’existe que dans quelques grands terminaux : Kolkata, Chennai, Bangalore, Ahmedabad, Secunderabad, Jaipur, Jodhpur, Varanasi, New Delhi, Agra, Aurangabad, Mumbai, Rameshwaram, Vadodara, Vasco da Gama.
Il devient possible, avec un compte approprié, d’obtenir ces billets sur internet.
Liste d’attente et billets RAC
Avoir un billet sur liste d’attente signifie que votre paiement est enregistré, sans certitude d’obtenir une place. Tant que vous restez dans les vingt premiers, il y a de fortes chances d’obtenir un siège, puisque des places sont parfois libérées à la dernière minute. Jusque vers la cinquantième position sur la liste, tout n’est pas perdu : au-delà, le billet est remboursé.
Le statut RAC s’affiche parfois sur votre réservation : dans cette configuration, vous devrez partager un siège, à moins qu’une annulation de dernière minute ne libère une place. Mieux que rien, mais pas idéal.
Tatkal : le système d’urgence
Le système Tatkal a déjà sauvé plusieurs trajets quand plus rien ne semblait possible. Forcé de rejoindre Delhi depuis Varanasi pour attraper un vol, seul Tatkal offrait une chance réelle. Ces billets, proposés en urgence, sont ouverts à tous pour un supplément d’environ 200 roupies, mais ils ne se trouvent pas dans toutes les gares.
Fonctionnement express : ouverture à 10h, vente limitée à une heure. Les billets sont attribués au fil des demandes. Pour maximiser ses chances, il vaut mieux se présenter dès l’aube. L’an dernier à Varanasi, la file prenait forme avant 7h : en arrivant à 8h30, tout était prêt et j’ai eu droit à une place de justesse. Précision : ces billets ne sont ni remboursables ni annulables.
Les billets Tatkal non utilisés bénéficient ensuite aux voyageurs en liste d’attente. Cela paraît complexe, mais dans un pays peuplé de plus d’un milliard d’habitants, le système tente de s’adapter. Règles et horaires varient sans cesse : il faut accepter une part d’incertitude.
Bien descendre au bon arrêt
Ici, inutile d’espérer une annonce en gare. Programmez une alarme, surveillez les panneaux et préparez-vous à descendre rapidement, surtout dans les petites stations où le train ne s’arrête parfois qu’une minute. Mieux vaut garder ses affaires accessibles et réagir vite.
Si l’hôtel n’est pas encore disponible à votre arrivée, la consigne de la gare garde les bagages pour une somme modique. Attention aussi à l’horaire d’arrivée : débarquer à 4 heures du matin signifie souvent patienter avant que les bus ou les taxis ne démarrent.
Sécurité dans les trains indiens
Sur cet aspect, je consacre un article entier à la question. Par expérience, le bus couchette offre une certaine tranquillité en solo, grâce à la porte fermée qui isole des regards. Dans les trains, la majorité en classe couchette sont des hommes : il importe de rester attentif, sans pour autant sombrer dans la méfiance. Le risque d’accident n’est jamais nul, et le nombre de passagers amplifie cette impression.
Pour approfondir la préparation d’un voyage en Inde, plusieurs ressources existent :
- Un article détaillé guide pas à pas pour organiser un séjour, du budget aux itinéraires.
- Pour réserver ses vols intérieurs à moindre coût.
- Obtenir un visa de courte durée facilement en ligne, sans stress.
- Un guide complet sur l’Inde, tiré de plusieurs années d’expérience sur le terrain.
- Des informations précises pour les visas longue durée, selon la nationalité.
- Conseils pour choisir une bonne assurance voyage et comprendre les garanties utiles.
- Une sélection d’auberges de jeunesse testées, pour bien choisir où poser son sac.
- L’hébergement hôtelier le plus adapté regroupé sur une seule plateforme.
- Idées d’itinéraires de groupe et circuits pour explorer l’Inde autrement.
Voici une synthèse à garder en tête pour aborder sereinement le train indien :
Prendre le train en Inde, c’est accepter un certain lâcher-prise. Un matin, installée sur une banquette, le regard happé par le défilé du paysage, on réalise que chaque détour, chaque arrêt non prévu offre le genre de souvenirs qu’on ne trouve sur aucun itinéraire planifié.




