Les langues officielles et parlées aux Seychelles expliquées simplement

Le 21 février, le monde a célébré la Journée internationale de la langue maternelle. Aux Seychelles, un groupe de 115 îles de l’océan Indien occidental, le créole est la langue maternelle. Principalement dérivé de la langue française, le créole seychellois est issu des descendants de colons d’Europe, de commerçants d’Asie et d’anciens esclaves d’Afrique. Avec les mariages entre colons, les insulaires ont trouvé leurs propres moyens de communiquer et de se comprendre. Le créole seychellois est la langue la plus parlée des îles et est l’une des trois langues nationales, qui comprennent également l’anglais et le français. Le SNA examine 7 façons dont la langue créole est honorée et promue aux Seychelles.

Aux Seychelles, la langue créole ne se limite pas à un usage quotidien. Elle se manifeste à travers des lieux emblématiques, des initiatives culturelles et des projets pédagogiques qui racontent, à leur manière, la vitalité d’un peuple. Voici comment cette langue prend racine et s’impose dans l’espace public.

  • Hommage à Danielle Jorre de St Jorre, pionnière du créole seychellois : Une plaque et une sculpture rendent hommage à Danielle Jorre de St Jorre, enseignante et linguiste, au « Lenstiti Kreol » à Au Cap, sur la côte est de Mahé. Inaugurée en octobre 2015, lors du festival créole, cette œuvre rappelle le combat mené par De St Jorre et l’association Bann Zil Kreol pour la reconnaissance du créole. Dès 1981, elles fédèrent plusieurs îles de la région, aboutissant à la création de la Journée internationale de la langue créole, célébrée chaque 28 octobre depuis 1983. On lui doit aussi la première semaine créole (1982) et le tout premier festival créole trois ans plus tard.
  • L’Institut créole international : Depuis décembre 2014, l’Institut créole international a pris le relais de l’ancien Institut créole, présent à Au Cap depuis 1986. Ce centre joue un rôle central dans la préservation et la valorisation du créole seychellois, à la fois langue et culture. Il coordonne recherches, événements et actions pédagogiques pour faire vivre cet héritage au quotidien.
  • Le festival Kreol : un rendez-vous incontournable : Chaque mois d’octobre, le Festival Kreol donne le ton. Pendant une semaine, l’archipel vibre au rythme des musiques, des danses, des arts et des traditions créoles. Les habitants, environ 95 000 personnes, côtoient alors des délégations venues d’autres territoires créolophones. L’événement regorge d’expositions, de foires gourmandes et de conférences, mettant en lumière ce patrimoine commun. Depuis le premier festival en 1985, la manifestation est devenue un pilier du calendrier culturel seychellois.
  • Miss Créole des Iles International : Ce concours, relancé par Telly’s Modelling Agency, reprend l’idée du « Miss Kreol » né en 1994 dans le sillage du festival. Depuis 2015, il réunit chaque année de jeunes femmes issues de diverses îles créolophones, avec un objectif : promouvoir la langue et la culture créoles, bien au-delà de la simple apparence. Ici, les qualités de communication, la capacité à valoriser l’héritage créole et l’engagement culturel priment sur les critères physiques classiques.
  • Recherche universitaire sur la langue et la culture créoles : L’Université des Seychelles s’est dotée en octobre 2016 d’un institut dédié à la recherche sur la langue et la culture créoles. Installé à Anse Royale, au sud de Mahé, ce centre s’intéresse à l’histoire, à l’évolution et à la richesse du créole seychellois. Il fait partie de la Faculté des arts et du développement social de l’UniSey, démontrant la volonté de placer la langue créole au cœur des savoirs.
  • La Constitution seychelloise en créole : Pour la première fois, la Constitution des Seychelles a été traduite et publiée en créole. Ce document, remis au président Danny Faure lors de la Journée de la Constitution le 18 juin, marque une étape forte : la langue créole devient, elle aussi, un vecteur du droit et des institutions. Depuis l’adoption de la Constitution en 1993, après l’instauration du multipartisme, ce texte symbolise l’ancrage de la Troisième République dans une identité plurielle.
  • Un dictionnaire trilingue créole-anglais-français : Traduire du créole vers l’anglais ou le français devient plus accessible grâce à la publication du premier dictionnaire trilingue des Seychelles, paru en janvier. Réalisé par Colette Guillieaux, Seychelloise d’origine belge, ce dictionnaire en deux volumes s’achète à la boutique Antigone de Victoria pour 55,80 $ (750 SCR) ou sur www.amazon.co.uk. Ce nouvel outil illustre l’ouverture de la langue créole à la diversité linguistique de l’archipel.

Aux Seychelles, la langue créole n’est pas un simple vestige du passé : elle se façonne chaque jour, à travers l’école, l’art, les rencontres et les textes officiels. Ici, la parole créole circule, s’invente, se transmet et se réinvente. Il suffit d’arpenter les rues de Victoria ou d’assister à un bal créole pour saisir à quel point cette langue reste le fil vivant de tout un peuple.

(Joena Meme) Licence photo : CC-BY
(Nation des Seychelles) Licence photo : CC-BY
(Joe Laurence) Licence photo : CC-BY
(Mervyn Marie) Photo Licence : CC-BY
(Julia Malbrook) Licence photo : CC-BY
(Rassin Vannier, agence de presse des Seychelles) Licence photo : CC-BY

Source : Agence de presse des Seychelles