
L’Union européenne s’attire généralement des opinions favorables auprès des pays consultés, même si l’institution bruxelloise ne fait pas l’unanimité. Sur les 14 pays membres de l’UE interrogés, près de 67 % des répondants voient l’Union d’un bon œil, tandis que 31 % affichent une perception négative.
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Dans les pays d’Europe centrale et orientale, l’UE bénéficie d’une vraie cote d’amour. En Pologne, Lituanie, Bulgarie, Slovaquie ou même en Ukraine (hors UE), sept personnes sur dix, parfois plus, se disent favorables à l’Union, et une part non négligeable va jusqu’à se déclarer « très favorable ». Même tendance positive dans des États comme la Suède, l’Allemagne, la Hongrie, l’Espagne, les Pays-Bas ou l’Italie.
Le tableau se nuance ailleurs. Si le Royaume-Uni, la Grèce, la République tchèque ou la France restent globalement positifs, ils comptent aussi une forte minorité, plus de quatre citoyens sur dix, qui rejette l’UE. En Russie, 44 % des personnes interrogées expriment une vision négative, contre 37 % pour une appréciation positive.
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Ces dernières années, malgré la montée des partis eurosceptiques et le Brexit, la perception de l’UE s’est redressée à court terme dans plusieurs pays. La Grèce a vu l’opinion favorable grimper de 26 points entre 2016 et 2019. L’Espagne (+19) et la France (+13) ont également enregistré de fortes hausses, même si la ferveur reste plus modérée qu’en 2007. D’autres pays comme l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni, la Hongrie et l’Italie ont connu une progression similaire sur la même période.
À plus long terme, la tendance se stabilise dans certains États. Depuis 2007, l’Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni, l’Ukraine, la Bulgarie ou la République tchèque affichent aujourd’hui la même proportion de citoyens favorables à l’UE qu’il y a 12 ans. Les Suédois, eux, se montrent 13 points plus enthousiastes qu’en 2007.
Toutefois, cinq pays se démarquent par un recul du soutien à l’Union. L’Italie affiche une chute de 20 points sur la période, l’Espagne -14, la France -11 et la Slovaquie -9. La Russie, hors UE, enregistre la plus forte baisse, avec un effondrement de 25 points depuis 2007. Malgré ces tendances, la majorité des pays sondés depuis 2016 ont vu la part de citoyens favorables à l’UE augmenter sensiblement.

Dans 13 pays, le fossé générationnel est frappant : les 18-34 ans sont nettement plus enclins à soutenir l’UE que les 60 ans et plus. Au Royaume-Uni, deux tiers des jeunes adultes gardent une image positive de l’Union, contre seulement 43 % chez les seniors, soit un écart de 24 points. La République tchèque (29 points d’écart), la Russie (28), l’Ukraine (27), la Hongrie (26) et la Slovaquie (26) connaissent des disparités similaires. Il est également fréquent que les personnes âgées s’abstiennent de répondre sur ce sujet : en Russie, un quart des plus de 60 ans ne se prononcent pas.

Dans les pays membres dotés de partis populistes de droite, les partisans de ces formations affichent clairement moins de sympathie pour Bruxelles. L’exemple le plus marquant se trouve en Allemagne : la différence de soutien à l’UE atteint 34 points entre ceux qui ne soutiennent pas l’AfD et ceux qui l’approuvent.
Autre facteur qui influe sur l’image de l’UE : l’éducation et le niveau de vie. Dans dix pays, les personnes ayant fait davantage d’études se montrent plus favorables à l’Union, tout comme celles disposant de revenus plus élevés dans onze pays. Mais il faut noter que les personnes moins diplômées ou avec des revenus plus modestes sont aussi plus nombreuses à ne pas se prononcer. Enfin, dans six pays, vivre en ville rime plus souvent avec un regard positif sur l’UE que dans les zones rurales.
L’histoire et la langue continuent de façonner les perceptions. En Allemagne, 71 % des habitants de l’ex-RFA voient l’UE d’un bon œil, contre 59 % dans l’ex-RDA. En Ukraine, ceux qui parlent exclusivement ukrainien à la maison sont 88 % à soutenir l’Union, mais même parmi les russophones, l’UE bénéficie d’une cote élevée (71 %).
La perception de l’économie nationale pèse lourd : les citoyens qui estiment que la situation économique de leur pays est satisfaisante sont bien plus nombreux à soutenir l’UE. En Suède, par exemple, 81 % de ceux qui jugent l’économie florissante se disent favorables à l’Union, contre seulement 42 % chez les plus pessimistes.

Ceux qui pensent que leur pays a profité économiquement de l’intégration européenne sont aussi nettement plus enclins à soutenir l’UE. En République tchèque, 76 % de ceux qui jugent l’intégration bénéfique pour leur économie nationale apprécient l’Union, tandis que seuls 22 % partagent ce sentiment parmi ceux qui estiment que l’adhésion à l’UE a nui à leur économie, un écart de 54 points. Cette fracture existe aussi en Grèce (52 points), en France (51), au Royaume-Uni (51), en Slovaquie (47), aux Pays-Bas (45) et en Italie (40).
Beaucoup voient les avantages de l’adhésion à l’UE

Dans la majorité des 14 pays membres interrogés, l’adhésion à l’UE est vue comme un atout national. En Allemagne, près des trois quarts de la population partage cette conviction. Dans tous les pays, à l’exception de la République tchèque, au moins la moitié de la population estime que l’adhésion a été bénéfique.
Mais le consensus n’est pas total. Partout, des groupes conséquents jugent que l’intégration européenne n’a été « ni bonne ni mauvaise », « à la fois bonne et mauvaise », ou préfèrent ne pas se prononcer.
Le Royaume-Uni, plongé dans le tumulte du Brexit, se distingue : 28 % de Britanniques estiment que l’adhésion à l’UE a eu un effet négatif, soit le taux le plus élevé de tous les pays sondés. Cette opinion atteint 34 % en zone rurale, 30 % en périphérie, mais seulement 14 % dans les villes. Les seniors britanniques sont particulièrement critiques : 37 % des plus de 60 ans voient l’adhésion comme une mauvaise chose, contre 11 % des 18-34 ans. Les moins diplômés sont aussi plus sceptiques quant à l’impact de l’UE.

Plusieurs pays ont vu leurs opinions sur l’adhésion à l’UE remonter ces dernières années, après les secousses de la crise de la dette. La Pologne, l’Espagne, l’Italie et la France avaient connu une chute de l’enthousiasme entre 2009 et 2012, mais les perceptions positives ont retrouvé leur niveau d’avant-crise. En Allemagne, la satisfaction n’a cessé de progresser depuis 2009, passant de 63 % à 74 %. Le Royaume-Uni, moins enthousiaste à l’origine, reste à la traîne par rapport à ses voisins d’Europe occidentale, mais les opinions positives y ont tout de même augmenté de 17 points depuis 2009.

Concernant l’impact économique de l’intégration européenne, au moins la moitié des citoyens de dix pays membres estiment que leur économie nationale s’est renforcée grâce à l’UE. La Pologne, l’Allemagne, la Hongrie et la Lituanie arrivent en tête.
A contrario, dans des pays comme les Pays-Bas, l’Espagne, le Royaume-Uni ou la Suède, si la majorité constate un effet positif, environ quatre habitants sur dix pensent que leur économie a pâti de l’adhésion à l’UE.
En Slovaquie et République tchèque, la plupart des citoyens jugent que leur pays a prospéré, mais une part plus réduite considère que l’adhésion a eu un impact négatif ou mitigé.

En France, en Grèce et en Bulgarie, la moitié environ des personnes interrogées jugent que l’intégration européenne a affaibli leur économie, une vision partagée par la majorité en Italie.
Le niveau de formation joue ici encore un rôle : les personnes plus diplômées et celles dont les revenus sont au moins équivalents à la médiane nationale sont plus nombreuses à estimer que l’intégration a été bénéfique pour leur économie.
Dans de nombreux pays, les partisans des partis populistes de droite sont plus enclins à penser que l’adhésion à l’UE a affaibli leur économie nationale. Il existe cependant des exceptions : les soutiens du Fidesz hongrois ou d’Olano-nova en Slovaquie considèrent, en majorité, que leur pays a tiré profit de l’intégration européenne.
Le regard porté sur les bénéfices économiques de l’UE s’est amélioré dans plusieurs pays, surtout en Europe centrale et orientale, par rapport à l’il y a dix ans.

Pour illustrer cette évolution : en 2009, à peine 9 % des Hongrois estimaient que l’UE avait aidé leur économie. En 2019, le chiffre bondit à 65 %. On observe des hausses similaires à deux chiffres en Lituanie, au Royaume-Uni, en République tchèque, en Allemagne, en Pologne ou en Slovaquie.
Depuis 2013, certains États enregistrent un regain d’optimisme. En France, seuls 22 % jugeaient en 2013 que leur économie bénéficiait de l’UE, un taux qui a grimpé à 42 %. L’Italie a connu la même dynamique, passant de 11 % à 22 %. Les autres pays étudiés sur la même période, comme la Pologne, le Royaume-Uni, la Grèce, la République tchèque, l’Espagne ou l’Allemagne, affichent aussi des améliorations notables.
Angela Merkel inspire davantage confiance à l’étranger que d’autres dirigeants européens

Parmi les principaux dirigeants européens évalués dans cette enquête, Angela Merkel surclasse ses pairs en matière de confiance publique. Dans plus de la moitié des 14 pays de l’UE interrogés, une majorité accorde sa confiance à la chancelière allemande, qui avait annoncé son retrait après les élections fédérales de 2021. Le soutien le plus marqué provient de la Suède, des Pays-Bas, de la France, qui la plébiscitent parfois plus que ses propres compatriotes. En Allemagne, près des trois quarts des sondés lui font confiance, que ce soit à l’Ouest (75 %) ou à l’Est (68 %), là où elle a grandi. On retrouve des majorités similaires en Espagne, au Royaume-Uni, en Ukraine et en Lituanie.
La donne change en Slovaquie, Hongrie, République tchèque et Grèce, où moins de quatre personnes sur dix expriment une opinion positive. En Russie, à peine un tiers la soutient, quand la moitié s’en défie.
Emmanuel Macron, lui, suscite des réactions partagées. Sur l’ensemble des 14 pays membres de l’UE, la confiance et la défiance se répartissent à parts égales (45 % chacun). L’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, l’Espagne et le Royaume-Uni affichent une majorité favorable. En France, 48 % des personnes interrogées lui font confiance.
L’hostilité à l’égard de Macron est particulièrement forte en Italie (65 % de défiance) et en Grèce (58 %). Dans certains pays d’Europe centrale et orientale, Hongrie, Pologne, Bulgarie, République tchèque, près de la moitié des sondés expriment leur défiance, mais une part non négligeable préfère ne pas se prononcer.
Vladimir Poutine recueille la confiance de 28 % en médiane parmi les 14 pays de l’UE. Sans surprise, il obtient ses meilleurs résultats en Russie, où près de trois quarts de la population lui font confiance, mais il est aussi bien vu par une majorité de Bulgares, Grecs et Slovaques. En Lituanie, Suède, Espagne, Pologne, Pays-Bas, un quart ou moins lui accordent leur confiance, et en Ukraine, seulement 11 % se disent confiants en Poutine.

Viktor Orban, Premier ministre hongrois, ferme la marche avec le taux de confiance médian le plus bas sur les questions internationales : 27 %. En Hongrie, mais aussi en Pologne et en Slovaquie, il est davantage soutenu, notamment parmi les plus de 60 ans. Ailleurs, il recueille moins de 20 % d’opinions favorables, en particulier en Suède, Russie, Ukraine, Italie et Grèce. Dans ces 14 pays, 21 % en moyenne ne se prononcent pas sur Orban. En Ukraine et Russie, ils sont même plus de 60 % à ne pas donner leur avis sur le dirigeant hongrois.
Un lien se dessine entre le soutien à un parti populiste de droite et la confiance envers certains chefs d’État. Dans dix pays, ceux qui soutiennent un parti populiste de droite sont aussi plus enclins à faire confiance à Poutine et Orban sur la scène mondiale. À l’inverse, les personnes qui se détournent de ces partis ont tendance à accorder leur confiance à Merkel (sept pays) ou Macron (huit pays).
L’Allemagne perçue positivement… sauf en Grèce

Première puissance économique de l’UE, l’Allemagne bénéficie d’une réputation solide auprès de la plupart des autres pays européens interrogés. Dans onze pays membres, la majorité affiche une opinion favorable, tout comme en Ukraine et en Russie. En République tchèque et en Italie, la population est plus divisée : environ la moitié perçoit l’Allemagne positivement, tandis qu’un bon tiers exprime un avis négatif.
La Grèce fait figure d’exception. Près de 64 % des Grecs ont une opinion négative de l’Allemagne, pour seulement 34 % de favorables. Ce ressentiment ne date pas d’hier : en 2012, la Grèce désignait déjà l’Allemagne comme le pays le moins digne de confiance de l’UE, le plus arrogant et le moins empathique. Pourtant, les avis positifs progressent : en pleine crise de la dette, seuls 21 % des Grecs voyaient l’Allemagne d’un bon œil.

Les écarts générationnels sont nets dans plusieurs pays de l’ancien bloc de l’Est : dans sept d’entre eux, les 18-34 ans affichent une perception nettement plus favorable de l’Allemagne que les 60 ans et plus. Exemple en Slovaquie : 74 % des jeunes apprécient l’Allemagne, contre 48 % chez les seniors. Les Lituaniens et Russes âgés sont aussi plus nombreux à ne pas se prononcer.
En Europe occidentale, l’Italie présente également ce fossé : 65 % des jeunes ont une opinion positive de l’Allemagne, contre 42 % chez les plus âgés.
L’éducation joue un rôle prépondérant : dans 13 pays, plus on est diplômé, plus l’Allemagne inspire confiance. En Hongrie, les personnes moins scolarisées sont d’ailleurs plus nombreuses à ne pas donner d’avis.

Dans certains pays, l’image de l’Allemagne a pâli sur la dernière décennie. Les opinions positives ont reculé de plus de dix points depuis 2007 en Italie, République tchèque, Russie, Slovaquie et France.
À l’inverse, l’appréciation de l’Allemagne reste très stable, et très forte, en Pologne, Espagne, Royaume-Uni et Ukraine. Seule la Suède se démarque par une progression : les opinions favorables y ont augmenté de 8 points.
Dans six pays, les citoyens favorables à un parti populiste de droite sont aussi moins enclins à apprécier l’Allemagne. En République tchèque, par exemple, seulement 45 % des partisans du SPD voient l’Allemagne d’un bon œil, contre 55 % chez les autres.
Une Europe optimiste sur sa culture et ses relations avec ses voisins
Une médiane de 68 % des citoyens des 14 pays membres de l’UE déclarent entrevoir l’avenir de leur pays avec optimisme lorsqu’il s’agit des relations avec d’autres nations européennes et de leur culture nationale. Quasiment partout, la culture est citée comme un motif d’espoir majeur ; seuls l’Italie et le Royaume-Uni placent un autre domaine en tête. Pour les autres, les liens avec les voisins européens incarnent aussi un puissant facteur d’optimisme.

Dans la foulée, 54 % des Italiens et 46 % des Britanniques citent leur système éducatif comme source principale ou secondaire d’optimisme pour l’avenir. Même si ce n’est pas le cas ailleurs, au moins la moitié de la population de sept autres pays se dit également confiante quant à l’avenir de leur système éducatif.
Le constat est plus mitigé sur l’emploi : seuls 37 % expriment de l’optimisme pour la disponibilité d’emplois bien rémunérés. Les écarts entre pays sont réels : en Grèce, où le chômage atteignait 19,3 % en 2018, le taux le plus élevé de l’UE,, seuls 17 % jugent les perspectives d’emploi favorables. L’Espagne et l’Italie partagent ce pessimisme, avec des taux de chômage respectifs de 15,4 % et 10,8 %. Plus le chômage est élevé, plus le pessimisme sur l’emploi domine dans les pays membres.
La confiance dans la politique ne fait pas recette : 31 % seulement se disent optimistes sur le fonctionnement du système politique de leur pays. Les soutiens du parti ou de la coalition au pouvoir sont, logiquement, plus optimistes que les autres.
Enfin, la réduction des inégalités inspire peu d’espoir : seuls 23 % des citoyens des 14 pays membres de l’UE se disent optimistes sur ce point, et dans la plupart des pays, c’est le domaine où l’optimisme est le plus faible.

