La dernière demeure du Shah d’Iran révélée

Demain marque le 40e anniversaire de la mort de Mohamed Reza Pahlavi, le défunt, et en fait le dernier, chah d’Iran, mort en exil au Caire le 27 juillet 1980, après avoir été renversé par la Révolution islamique.

Quarante ans après la disparition de l’ancien monarque, l’histoire de ses derniers jours refait surface, détaillée par un récent rapport de l’AFP qui éclaire d’un jour nouveau la trajectoire de ce souverain autrefois tout-puissant.

Mohamed Reza Pahlavi a succombé à un lymphome après des mois d’errance, loin de son trône et de sa patrie. Exilé au Caire, il a trouvé en Anwar El-Sadate, président égyptien, un refuge et un ultime allié. Sadate n’a pas hésité à organiser des funérailles nationales pour celui qui, quelques années plus tôt, incarnait les ambitions modernisatrices de l’Iran.

Après trente-sept ans à la tête du pays, le Shah a dû quitter Téhéran dix-sept mois avant sa mort. Chassé par une révolution qui rêvait de faire de l’Iran une puissance mondiale à l’horizon 2000, il est passé du statut de chef d’État à celui de fugitif, balloté d’un continent à l’autre.

Son parcours d’exil ressemble à une course sans fin : Maroc, Bahamas, Mexique, États-Unis, Panama… Jusqu’à ce qu’en mars, il trouve enfin asile en Égypte, accueilli par Sadate, qu’il surnommait son « seul ami ».

Affaibli par la maladie, le Shah est transféré en hélicoptère à l’hôpital militaire de Maadi. Opéré de la rate, il entame une convalescence éprouvante dans un palais du Caire, entouré de la Shahbano Farah Diba et de leurs quatre enfants. Mais la santé du souverain ne cesse de décliner.

Quelques heures après sa disparition, Anwar El-Sadate s’adresse à la nation. Sa voix porte la gravité de l’instant : il fait ses adieux « à un ami et à un frère », saluant la mémoire d’un homme qu’il a choisi d’accueillir quand le reste du monde lui tournait le dos.

Sadate promet au défunt le respect dû à un homme et à un musulman. Il rappelle que le Shah avait soutenu l’Égypte dans ses moments les plus difficiles.

L’amitié entre ces deux dirigeants ne date pas d’hier. Au moment de la guerre d’octobre 1973, le Shah d’Iran avait envoyé médecins et équipements médicaux en Égypte. Malgré son alliance avec Washington, il avait autorisé les avions soviétiques à survoler l’Iran pour acheminer du matériel militaire au Caire. Ce geste, à l’époque, avait marqué les esprits.

Le 29 juillet, la scène est saisissante. Après un hommage en musique, le président égyptien prend la tête du cortège funèbre. Le cercueil du Shah, enveloppé du drapeau iranien, est placé sur un canon tiré par six chevaux. Le cortège suit un itinéraire solennel, du palais présidentiel à la mosquée Rifai.

La procession, imposante, rassemble la famille royale iranienne, l’ancien roi de Grèce Constantin II, des milliers de soldats égyptiens, et une foule dense. Aucun chef d’État n’est présent ce jour-là. Les grandes puissances, États-Unis, France, Royaume-Uni, Japon, Australie, Israël, se contentent d’envoyer leurs ambassadeurs.

Parmi les invités, l’ancien président américain Richard Nixon ne mâche pas ses mots. Il critique la politique de Washington envers le Shah, rappelant que ce dernier a été un allié fidèle des États-Unis pendant plus de trente ans.

Le soleil cogne fort ce jour-là. Le long du parcours, les quartiers populaires du Caire se remplissent. Selon les chiffres, près de cent mille personnes se massent sur le trajet du cortège, sous une surveillance policière renforcée.

Devant la mosquée, Sadate et le fils du Shah accompagnent le cercueil à l’intérieur, tandis que vingt-et-un coups de canon résonnent. Le Shah repose désormais dans le mausolée où, des années durant, son père Reza Shah, fondateur de la dynastie Pahlavi, avait été enterré, avant que sa dépouille ne soit déplacée après sa propre mort en exil en Afrique du Sud.

À Téhéran, la nouvelle de la mort du Shah ne suscite que peu d’émotion publique. La radio iranienne ne diffuse qu’une brève annonce.

Sur place, le constat est sans appel : « Même dans la rue, il y a eu une réaction timide et limitée à la nouvelle de sa mort », rapporte un correspondant de l’AFP.

Le lendemain, les journaux iraniens s’emparent de l’événement. « La mort du pharaon », titre le quotidien Azabegan. Le Tehran Times, lui, n’y va pas par quatre chemins : « Le vampire du siècle est parti. » Quant à la « République islamique », elle accuse les États-Unis d’avoir provoqué la mort de l’exilé.

Seul responsable à s’exprimer officiellement, l’ayatollah Hashemi Rafsanjani, président du Conseil de la Choura, tranche d’une phrase : « Pour nous, la mort du Shah est un problème mineur et insignifiant. »

Quarante ans plus tard, la tombe du dernier Shah d’Iran, perdue sous le marbre de la mosquée Rifai, reste le témoin silencieux d’un règne foudroyé par l’histoire. L’écho de cette page tournée continue d’habiter les mémoires, entre grandeur passée et jugement sans appel.