La Guadeloupe appartient-elle réellement à l’Europe ou non ?

Trois pays européens maintiennent aujourd’hui une présence concrète dans les Caraïbes : la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Si l’on considère la citoyenneté, les habitants de ces territoires bénéficient des mêmes droits que ceux de la métropole. Mais sur le plan de l’intégration, la réalité varie sensiblement : seules les possessions françaises ont franchi le pas de l’intégration totale à l’espace politique européen, là où les autres restent en marge.

Les territoires français dans la région englobent plusieurs réalités administratives : les départements d’outre-mer comme la Guyane (même si elle s’étire bien plus à l’est, sur la côte sud-américaine, elle est souvent associée aux Caraïbes), la Guadeloupe et la Martinique. À cela s’ajoutent des collectivités d’outre-mer plus petites : Saint-Barthélemy, surnommée Saint-Barth, et Saint Martin.

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Caraïbes françaises

La Guadeloupe ne se résume pas à une seule île principale. Elle s’entoure de trois groupes d’îles satellites : l’archipel des Saintes, image même de la carte postale avec ses deux îles habitées, Terre-de-Bas et Terre-de-Haut ; Marie-Galante, plus rurale, où la culture de la canne à sucre façonne encore le paysage et alimente les distilleries de rhum ; et enfin, La Désirade, petit caillou tourné vers la pêche.

Ce qui distingue ces territoires français, c’est la manière dont ils sont ancrés dans la République. Un peu à la façon d’Hawaï ou de l’Alaska, totalement imbriqués dans le système fédéral américain, chaque citoyen d’outre-mer élit ses représentants à Paris. Résultat : le sentiment d’appartenance européenne y est nettement plus tangible que dans les territoires néerlandais ou britanniques voisins.

Caraïbes néerlandaises

Du côté néerlandais, la situation est plus nuancée. Aruba s’est détachée des Antilles néerlandaises en 1986 et fonctionne depuis de façon autonome. L’ancienne fédération, désormais morcelée, comprenait Bonaire, Curaçao, Saba, Saint-Eustache et la partie néerlandaise de Saint-Martin. Ces territoires ne font pas partie intégrante de l’Union européenne, mais leurs citoyens possèdent le passeport néerlandais et, par ricochet, la nationalité européenne.

Les choses évoluent vite : la fédération des Antilles néerlandaises vit ses dernières années. Curaçao et la partie néerlandaise de Saint-Martin s’apprêtent à prendre leur envol administratif, sur le modèle d’Aruba, tandis que Bonaire, Saba et Saint-Eustache, plus petites et moins peuplées, deviendront des municipalités spéciales rattachées directement aux Pays-Bas. Ce changement implique que les résidents de ces trois îles, à peine 20 000 personnes, auront leur mot à dire lors des scrutins néerlandais et européens.

Caraïbes britanniques

Le Royaume-Uni, quant à lui, gère un patchwork de territoires caribéens : Anguilla, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans, Montserrat et les îles Turques-et-Caïques. Ce dernier ensemble, bien qu’en marge géographique, est généralement associé au bassin caribéen. Depuis 2002, les habitants de ces territoires bénéficient de la citoyenneté britannique, ce qui leur ouvre également les portes de la citoyenneté européenne.

Ce réseau britannique affiche un visage très disparate. Niveau de vie, identité culturelle ou relation à la « mère patrie » : tout diffère d’une île à l’autre. On y croise les revenus vertigineux des Caïmans, la capacité de résilience qui marque Montserrat, ou encore l’ambiance douce et détendue qui règne sur certaines îles Vierges ou Caïques.

Où en sommes-nous ?

En ce moment même, votre Wandering Cheapo se trouve sur l’une de ces îles, la tête pleine d’images et de sons tropicaux. Laquelle ? Le suspense reste entier. La réponse tombera vendredi.

Alex Robertson Textor, rédacteur en chef d’EuroCheapo, signe ici un nouvel éclairage sur la complexité européenne dans les Caraïbes. On peut retrouver ses chroniques dans le New York Post, le New York Times, Rough Guides, et sur son blog Spendthrift Shoestring, consacré au voyage et à la culture en mode budget serré.