Revue médicale par Keith Ligon, MD, PhD
Une tumeur n’a rien d’un acteur discret. C’est un foyer de cellules qui rompent la discipline, décident d’ignorer les règles et se multiplient en dehors de tout contrôle. Lorsqu’elle prend son temps, reste cantonnée à son périmètre et ne franchit pas les limites imposées par les tissus voisins, elle reçoit le nom de tumeur bénigne. Ce type de masse ne s’éparpille pas ailleurs dans le corps : elle ne part pas en quête de nouveaux territoires.
La famille des tumeurs malignes, autrement dit les cancers, joue selon un tout autre scénario. Leurs cellules se reproduisent à grande vitesse et cette effervescence finit par engendrer des populations incontrôlables. Ces cellules rebelles traversent les frontières du tissu d’origine, s’infiltrent dans les tissus tout proches, s’y installent, les endommagent parfois durablement. Plus grave encore, elles savent emprunter le sang et la lymphe pour coloniser d’autres parties de l’organisme. C’est le phénomène des métastases, redouté à juste titre.
Comment les spécialistes distinguent les tumeurs
Pour différencier une tumeur bénigne d’une tumeur maligne, les médecins s’appuient sur une analyse précise des échantillons prélevés, par exemple lors d’une biopsie. L’examen au microscope révèle des détails révélateurs ; les tests moléculaires, eux, vont encore plus loin pour affiner le diagnostic. Keith Ligon, MD, PhD, au Center for Molecular Oncologic Pathology du Dana-Farber/Brigham and Women’s Cancer Center, précise que les cellules tumorales sont aussi analysées selon leur « grade », un indicateur de leur agressivité. Le grand enjeu : prédire le comportement de la tumeur et concevoir la prise en charge adaptée à chaque patient.
L’évaluation de ces échantillons permet de trancher : tumeur bénigne ou tumeur maligne. Dans la plupart des cas, un diagnostic bénin signifie que la masse ne causera pas de souci médical. Elle se fait oublier… jusqu’au jour où, en grossissant, elle peut comprimer un organe vital, un vaisseau sanguin, ou un nerf. Alors seulement, le retrait chirurgical peut s’imposer, aussi pour vérifier qu’aucun piège n’était dissimulé sous l’aspect rassurant de la tumeur.
Une tumeur bénigne peut-elle évoluer ?
Toutes les tumeurs bénignes ne restent pas toujours inoffensives. Certaines lésions dites « précancéreuses » ou « dysplasiques » montrent des cellules atypiques, souvent immatures, qui n’ont plus le profil des cellules d’origine. Parmi les exemples familiers aux spécialistes, figurent les polypes du côlon qui peuvent évoluer en cancer, les anomalies du col de l’utérus liées au papillomavirus, ou encore certaines lésions observées dans la bouche ou les poumons. Ces cellules déviantes, après des mutations génétiques, peuvent finir par adopter un comportement de tumeur maligne.
Un cas parlant, celui des méningiomes : la plupart du temps, ces tumeurs du cerveau sont bénignes, mais certaines finissent par se transformer. Des recherches récentes menées au Dana-Farber ont permis d’identifier des mutations particulières, ouvrant de nouvelles pistes thérapeutiques pour cibler au plus près ces transformations.
Face à une tumeur bénigne, le calme prévaut souvent, mais un doute subsiste : l’ombre d’un changement imprévu n’est jamais totalement écartée. La science avance chaque jour, affinant ses outils pour pister, décrypter et anticiper ces évolutions silencieuses. Personne n’a envie de rejouer la scène du faux ami ; mieux vaut toujours ne pas relâcher la vigilance.


