La population actuelle de la Floride et son évolution récente

L’électorat changeant de la Floride : plus de diversité raciale/ethnique et d’âge

Par Susan A. MacManus, professeure émérite à l’Université USF

Il faut s’y faire : la politique floridienne se construit sur le mouvement. Deux Floridiens sur trois sont venus d’ailleurs. Un sur cinq a vu le jour hors des États-Unis. Cette mosaïque humaine dynamise un État devenu, chiffre à l’appui, le troisième plus peuplé du pays.

Depuis les années 1970, la Floride s’est métamorphosée sous l’effet des vagues de nouveaux arrivants, qu’ils viennent d’autres régions des États-Unis ou de l’étranger. Cet afflux constant a redessiné la démographie, conférant à la péninsule une diversité peu commune à l’échelle nationale. Aujourd’hui, plus d’un tiers des électeurs inscrits ne sont pas blancs et quasiment la moitié a moins de 50 ans. Voilà une Floride où se croisent autant de générations que d’origines diverses.

Au fil du temps, cette recomposition démographique a transformé le jeu politique local. Trois dynamiques principales s’imposent :

  1. La Floride, terrain électoral indécis par excellence. Lors des quatre dernières grandes échéances électorales – deux gouvernorats et deux présidentielles entre 2010 et 2016, le résultat s’est joué à un souffle près. L’État a gagné sa réputation de pivot, déclenchant les analyses et convoitises des experts de tous bords.
  2. Un équilibre quasi parfait entre démocrates et républicains inscrits (37 % contre 35 %). L’écart n’a jamais été aussi réduit dans l’histoire de l’État. Les démocrates avaient la mainmise autrefois, mais la majorité des près de 13 millions d’électeurs actifs ne veut plus choisir entre les grands partis.
  3. L’envol des inscriptions en dehors des partis traditionnels (NPA) ou auprès de formations secondaires. Cette tendance se confirme surtout chez les Hispaniques, les Asiatiques et les jeunes. Les indépendants prennent du terrain, chamboulant les lignes.

La polarisation politique marque le pas en Floride

Source : Division des élections de Floride

La mosaïque raciale et ethnique s’enrichit sans cesse

En Floride, l’arrivée massive de nouvelles minorités venues d’ailleurs, pays étrangers ou autres États américains, bouscule les anciennes catégories. Les Hispaniques et les Noirs composent aujourd’hui une part plus élevée de la population que la moyenne du pays, même si les Asiatiques pèsent un peu moins. Cette diversité génère une réalité politique complexe : difficile aujourd’hui de segmenter l’électorat à partir de critères strictement raciaux ou ethniques. La progression des Floridiens multiraciaux efface les frontières d’autrefois.

Parmi les Hispaniques, qui représentent 16 % des électeurs inscrits, le paysage a bougé. Là où dominait autrefois l’électorat cubain, largement acquis aux républicains, ce sont désormais les Hispaniques non cubains qui composent la majorité. On pense à ceux venus de Porto Rico, du Mexique, de Colombie, de République dominicaine, du Venezuela, du Honduras ou du Nicaragua. Les jeunes Cubains, eux, s’éloignent de l’héritage politique conservateur. Aujourd’hui, la préférence va souvent aux démocrates ou à une inscription sans étiquette.

Entre 2005 et 2016, de nombreux Portoricains ont quitté l’île pour s’installer dans le centre de la Floride. Ce flux s’est accentué après l’ouragan Maria. Leur choix d’inscription politique varie : beaucoup optent pour la neutralité, surtout s’ils viennent directement de l’île ; ceux qui arrivent du nord-est des États-Unis penchent plus généralement vers le Parti démocrate. Ce subtil jeu d’origines et d’orientations pèse lourd dans un État où chaque voix peut faire la bascule.

Les électeurs asiatiques, moins nombreux (2 %), connaissent une montée rapide. Leur présence s’explique par le développement des pôles technologiques, la vitalité des universités et les opportunités dans les secteurs de pointe autour des grandes bases militaires. La communauté asiatique réunit des origines multiples : Inde, Philippines, Chine, Vietnam, Corée, Pakistan, Japon. Ici aussi, le vote s’éparpille et la préférence va plus souvent vers l’absence d’affiliation partisane. Ces dernières années, un léger glissement vers les candidats démocrates se dessine, sans que les tendances ne s’installent durablement.

Côté afro-américain, 13 % des électeurs inscrits se déclarent noirs. Leur croissance concerne davantage la diversité d’origine : Haïti, Jamaïque, Trinité-et-Tobago, République dominicaine… Chez ceux nés aux États-Unis, l’attachement aux démocrates reste marqué, mais la diversification partisane progresse chez les nouveaux arrivants. Chez les plus jeunes, l’envie de bousculer les codes partisans grandit.

Plus d’un tiers des électeurs floridiens appartiennent à une minorité

Source : Calculs à partir du système d’inscription électorale de Floride, mai 2018, Division des élections.

Note : Les chiffres arrondis peuvent masquer des variations minimes.

Source : Calculs à partir du système d’inscription électorale de Floride, mai 2018, Division des élections.

Changement de génération : le poids grandissant des jeunes Floridiens

La réputation de la Floride comme terrain de jeu politique tient aussi à la tension entre baby-boomers et génération montante, plus jeune et plus métissée. En 2016, à l’échelle nationale, la génération X et les Millennials ont pour la première fois dépassé les baby-boomers dans les urnes. Sur le terrain floridien, ce rééquilibrage générationnel ne fait que s’accentuer.

Peu le savent, mais les trois plus jeunes générations, #Generation, Millennials, Génération X, formaient déjà en 2018 la majorité réelle de l’électorat inscrit (52 %). Les baby-boomers et les générations plus âgées représentent désormais 48 % du total.

Ce virage tient à plusieurs facteurs : les minorités raciales et ethniques, nettement plus jeunes que la moyenne blanche, grossissent le rang des nouveaux inscrits. La Floride attire également des jeunes adultes venus chercher emploi et cadre de vie dans un état perçu comme dynamique.

La mutation générationnelle se lit par ailleurs dans les modes d’inscription politique : plus les électeurs sont jeunes, plus ils optent pour une absence d’appartenance partisane. Résultat, les grandes familles politiques doivent bousculer leur communication pour convaincre un électorat devenu insaisissable et capable, par son nombre, de modifier le résultat final.

La majorité de l’électorat, désormais portée par les générations les plus jeunes

Repères : #Generation (18-21 ans en 2018) ; Millennials (22-37 ans) ; Génération X (38-53) ; Baby-boomers (54-72) ; Génération silencieuse (73-90) ; Greatest (91+).

Source : Calculs à partir du système d’inscription électorale de Floride, mai 2018, Division des élections.

Chez les jeunes, l’identité partisane se délite

Source : Calculs à partir du système d’inscription électorale de Floride, mai 2018, Division des élections.

Les électeurs sans appartenance partisane restent privés de participation aux primaires, mais leur mobilisation lors des scrutins généraux dépend fortement des visages en lice. Exemple récent : en 2016, la participation des jeunes de moins de 30 ans a nettement reculé (56 %) face à celle des plus de 65 ans (82 %). Le scepticisme envers Hillary Clinton et Donald Trump y a largement contribué.

Les prochaines échéances révèleront dans quelle mesure les jeunes Floridiens comptent peser sur le scrutin. Leur mobilisation pourrait être boostée par des événements marquants, la fusillade de Parkland, la montée du mouvement #MeToo, les débats sur l’immigration, la justice pénale. Tout dépendra aussi de la capacité des candidats à leur proposer du neuf. Pour beaucoup, les enjeux constitutionnels comme le rétablissement du droit de vote aux ex-détenus ou l’interdiction du vapotage dans les lieux publics pèseront plus lourd que les visages habituels. Les Millennials, sur la question environnementale, apparaissent déjà en première ligne.

La fracture générationnelle se creuse

Tout laisse penser que la Floride va continuer à se transformer. Les minorités raciales et ethniques verront leur poids croître, tandis que l’écart entre générations promet de se renforcer. Les récentes estimations démographiques placent déjà les minorités comme moteur principal de la croissance du pays, là où la population blanche marque le pas, vieillissante.

Cet arc en transformation bouleverse les calculs. Quelle formation politique parviendra à rallier ce « nouvel électorat » ? D’un côté, les progressistes misent sur ce bassin de jeunes et de diversité pour reprendre la main en Floride. De l’autre, les conservateurs espèrent que l’argument fiscal séduira largement la jeunesse, toutes origines confondues. Une seule certitude : le flot d’électeurs non affiliés continue d’enfler, loin des projections faciles. Reste à voir qui ils décideront de soutenir, s’ils votent, et sur quels enjeux ils choisiront de faire pencher la balance.